L’insuffisance en hormone de croissance (GH)

Sécrétion de GH insuffisante

L’hormone de croissance est essentielle pour une croissance normale. Les personnes qui ont une absence totale et isolée en hormone de croissance (Déficit isolé en hormone de croissance) sont quelques 30 à 40 cm plus petites que les personnes avec une production normale en hormone de croissance. La différence peut être encore plus grande si d’autres déficits hormonaux sont associés comme par exemple un manque d’hormones thyroïdiennes.

L’insuffisance en hormone de croissance est relativement rare: elle survient chez environ 1 sur 2000-4000 enfants. En Belgique, chaque année, en moyenne 60 enfants sont diagnostiqués avec une insuffisance en hormone de croissance.

Les signes cliniques d’une insuffisance en hormone de croissance sont:

  • Une vitesse de croissance ralentie : la courbe de croissance croise les lignes de percentiles vers le bas. Nous appelons cela « un décrochage statural ». Lorsque le ralentissement de la croissance dure trop longtemps, la taille tombera en-dessous de la ligne inférieure de la courbe de croissance.

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  • La taille des jambes paraissent plutôt courtes par rapport à la taille du tronc
  • Croissance ralentie des os du visage: nez ensellé, front bombant, joues rondes (visage « poupin »)
  • Croissance ralentie des cordes vocales: voix aiguë
  • Croissance ralentie des cheveux et des ongles
  • Peu de masse musculaire et de force musculaire
  • Accumulation de graisse surtout au niveau du ventre, des cuisses et des bras
  • Si l’insuffisance en hormone de croissance est congénitale, les enfants peuvent présenter un taux de sucre bas dans le sang (hypoglycémie) et une jaunisse (ou ictère) prolongé(e)). Les garçons ont souvent un petit pénis (moins de 2,5 cm de longueur).

Les examens complémentaires montrent :

  • À la radio de la main: un âge osseux souvent retardé de plus d’un an par rapport à l’âge chronologique du patient
  • .Des taux sanguins d’ IGF-1 (facteurs de croissance analogues à l’insuline) abaissés.

Les tests de stimulation de GH

Le diagnostic définitif d’insuffisance en hormone de croissance repose sur 2 tests de stimulation de l’hormone de croissance. L’hormone de croissance est sécrétée de manière pulsatile dans le sang et principalement la nuit. Il est donc inutile de doser l’hormone de croissance à n’importe quel moment de la journée ; la probabilité est grande que la valeur soit très basse. Il convient donc d’essayer de prélever du sang au moment d’un pic d’hormone de croissance. Pour cela il est nécessaire de provoquer un pic en injectant une substance qui stimule la libération d’hormone de croissance. De nombreuses substances peuvent être utilisées mais les membres du BESPEED ont décidé d’utiliser le « glucagon » pour le premier test et l’ « insuline » pour le 2ème test. Le 2ème test est bien sûr nécessaire uniquement si les résultats du premier test sont anormaux.

Une description détaillée des tests de stimulation de l’hormone de croissance peut être trouvé sur le site sous la rubrique ‘Chez le médecin>analyse de sang ».

Les tests de stimulation d’hormone de croissance montrent normalement un pic d’hormone de croissance supérieur à 7 µg/L ou 7 ng/ml. Si la valeur maximale est en-dessous de 3,3 µg/L, on parle d’une insuffisance complète en hormone de croissance. Si le pic se situe entre 3,3 et 6,7 ng/ml, il s’agit d’une insuffisance partielle.

Parce que ces tests ne sont pas faciles à réaliser et donnent parfois des valeurs faussement basses, les 2 tests doivent montrer une insuffisance avant que le diagnostic soit confirmé.

Causes de l’insuffisance en hormone de croissance

Les causes de l’insuffisance en hormone de croissance peuvent être diverses. Avec nos connaissances actuelles, une origine peut être trouvée chez seulement 60% des patients.

triadehypofysefrresizedDans un premier groupe de patients, l’insuffisance en hormone de croissance est présente à la naissance (environ 10%) par exemple suite à une anomalie de structure de la région hypothalamo-hypophysaire. Une anomalie fréquente est une hypophyse postérieure qui reste collée à l’hypothalamus (neurohypophyse ectopique) et seule une fine tige pituitaire est présente. L’hypophyse antérieure est alors aussi peu développée.

 

Chez d’autres enfants, il peut parfois y avoir des anomalies dans d’autres parties du cerveau, des dents ou du palais. Ces anomalies de structure ont souvent une origine génétique.

L’insuffisance en hormone de croissance peut apparaître plus tardivement suite à un dommage à l’hypothalamus ou à l’hypophyse à la suite d’infections (méningite, encéphalite), d’un traumatisme, d’une infiltration par d’autres cellules (histiocytose, granulomes) ou de problèmes vasculaires.

Des tumeurs comme des craniopharyngiomes, des germinomes et des tumeurs des nerfs optiques  peuvent apparaître au-dessus et dans l’hypophyse et la détruire.

Lorsque des tumeurs du cerveau ou du nez doivent être irradiées, l’hypophyse peut se trouver dans le champ d’irradiation. Si la dose est suffisamment élevée, une insuffisance en hormone de croissance s’ensuit presque certainement. Dans la plupart des cas, il y a aussi d’autres insuffisances hypophysaires.

De nombreux syndromes sont aussi associés à une insuffisance en hormone de croissance.

Chez un grand nombre d’enfants, l’insuffisance en hormone de croissance est temporaire et isolée. Lorsque le test de stimulation de l’hormone de croissance est répété à l’âge adulte, il s’avère qu’il y a suffisamment d’hormone de croissance.

Traitement à l’hormone de croissance

L’insuffisance en hormone de croissance est logiquement traitée par l’administration d’hormone de croissance. Elle ne peut être administrée à l’aide d’une pilule parce qu’elle est détruite dans l’estomac et les intestins. C’est la raison pour laquelle on l’administre par injections sous-cutanées une fois par jour le soir.

La dose d’hormone de croissance pour traiter une insuffisance en hormone de croissance est de 25 à 35 microgammes par kg de poids corporel. Un enfant de 20 kg s’injecte une dose quotidienne de 500 à 700 microgrammes d’hormone de croissance. L’injection se fait avec un stylo injecteur spécial et une aiguille fine. Il existe aussi un système qui n’utilise pas d’aiguille et l’hormone de croissance est administrée à travers la peau sous haute pression. Les sites d’injection sont le ventre, les cuisses, les bras et les fesses.

Procédure pour débuter un traitement

Les dossiers des patients éligibles pour un traitement par hormone de croissance, sont discutés par les pédiatres-endocrinologues lors des réunions mensuelles du BESPEED. Ensuite une demande de remboursement est introduite au médecin-conseil de la caisse d’assurance maladie. Si celui-ci prend une décision favorable, le patient reçoit une autorisation de remboursement.

Lorsque le remboursement est en ordre, il est préférable de prendre un rendez-vous avec un(e) infirmier(e) qui va apprendre au patient et à sa famille comment faire les injections d’hormone de croissance. Le jour où les instructions sont données, la taille et le poids sont mesurés pour avoir une mesure au début du traitement.

L’hormone de croissance est déjà utilisée depuis plus de 30 ans. Il existe de grandes bases de données qui rassemblent les données des enfants qui sont traités ou qui ont été traités par hormone de croissance. Les pédiatres-endocrinologues belges ont aussi une base de données. Si l’on prend toutes les bases de données qui existent, elles rassemblent les données de plus de 150 000 enfants qui sont traités ou ont été traités par hormone de croissance. Nous avons donc beaucoup de données sur les résultats et les effets secondaires du traitement par hormone de croissance.

Quels résultats peut-on attendre du traitement?

Les résultats du traitement par hormone de croissance chez les enfants qui présentent une insuffisance en hormone de croissance sont très bons si le traitement est commencé à temps et si les injections sont administrées quotidiennement. Au cours des 3 premiers mois, on observe une accélération de la vitesse de croissance et pendant la première année les enfants grandissement souvent de 10 cm ou plus. Les résultats publiés à travers le monde, montrent que la taille adulte après traitement par hormone de croissance est proche de la taille cible (ceci est la taille que l’on prédit pour un enfant à partir de la taille de ses parents).

Les enfants qui ont été irradiés sur la colonne ont de moins bons résultats parce que, suite à l’irradiation, les vertèbres ne peuvent pas bien réagir au traitement par hormone de croissance.

Les effets indésirables du traitement par hormone de croissance

Le traitement pour une insuffisance en hormone de croissance donne peu d’effets secondaires parce qu’il s’agit d’un traitement de substitution (on donne l’hormone de croissance qui est manquante).

Naturellement il peut y avoir des effets indésirables liés à l’injection comme des douleurs au site d’injection, des saignements et des rougeurs.

L’hormone de croissance rend l’insuline un peu moins efficace. Chez les enfants avec insuffisance en hormone de croissance, cela n’entraîne presque jamais l’apparition du diabète, à moins qu’il y ait d’autres facteurs qui favorisent l’apparition du diabète.

Comme l’hormone de croissance entraîne une rétention plus importante de sel et de liquide dans le corps, une accumulation de liquide peut apparaître temporairement. Cela se manifeste par des douleurs dans les articulations et exceptionnellement par une augmentation de la pression au niveau du cerveau (hypertension intracrânienne bénigne).

Quand les enfants grandissent rapidement, une déviation existante de la colonne vertébrale (scoliose) peut s’aggraver. En activant le cartilage de croissance au niveau des têtes fémorales, il peut se produire, dans des circonstances exceptionnelles, un glissement de la tête fémorale (épiphysiolyse fémorale). Cela provoque des douleurs au niveau de la hanche et/ou du genou et une boiterie, généralement d’un côté mais parfois des 2 côtés.

Le traitement de l’insuffisance en hormone de croissance ne provoque pas de tumeur. Mais chez les enfants qui reçoivent de l’hormone de croissance après le traitement d’un cancer, il faut être prudent. L’hormone de croissance ne peut être administrée lorsqu’une tumeur est encore active. Les données actuelles montrent que l’hormone de croissance ne stimule pas la récidive d’une tumeur. Les enfants traités pour un cancer ont plus de risque de développer une nouvelle tumeur (de type différente). Il y a une discussion quant à avoir si l’hormone de croissance augmente légèrement ce risque.